La théologie réformée néglige-t-elle vraiment le Saint-Esprit ?
Selon une recension publiée par Modern Reformation, l'ouvrage du théologien réformé J.

V. Fesko, The Giver of Life: The Biblical Doctrine of the Holy Spirit and Salvation (Lexham Academic, 2024), remet les pendules à l'heure sur un malentendu tenace: les héritiers de Calvin seraient-ils tièdes envers le Saint-Esprit? L'auteur, pasteur et professeur, en fait une démonstration biblique et systématique, en s'appuyant notamment sur la Confession de Westminster (16.3), qui affirme que toute capacité de croire et d'œuvrer vient « wholly from the Spirit of Christ ».
D'où vient le malentendu
La recension, signée par un pasteur presbytérien, raconte une scène révélatrice: lors d'une visite dans une église charismatique pendant ses études, on lui glisse qu'il « n'a pas beaucoup d'Esprit » parce qu'il ne parle pas en langues. Le commentaire, dit-il, est révélateur d'un soupçon fréquent — les Réformés mettraient l'Esprit en second plan. Le livre de Fesko, qui s'inscrit dans la série « We Believe » de Lexham (récemment racheté par Baker), prend le contre-pied: chaque ligne du Credo de Nicée — « Je crois au Saint-Esprit, le Seigneur et le Donneur de vie » — devient un point d'appui pour dérouler l'enseignement biblique.
Ce que le livre met en lumière
La première partie, « Covenant Presence », parcourt l'Ancien Testament pour montrer comment l'Esprit accompagne le peuple de Dieu: la nuée et le feu (Néhémie 9:19-20, 30), la demeure dans le temple, puis, depuis la Pentecôte, dans chaque croyant — « vous êtes le temple de Dieu… l'Esprit de Dieu habite en vous » (1 Corinthiens 3:16). Le recenseur insiste sur un point concret: « The pillar of cloud and fire no longer rests over the tabernacle or temple but… now rests on individual believers. This means we have greater access to the Spirit's intercessory work in prayer. » Le reste de l'ouvrage enchaîne sur l'adoption filiale — « L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » (Romains 8:16) — et sur le rôle de l'Esprit dans l'application du salut.
Ce qu'on peut en tirer concrètement
Pour une communauté locale, la question n'est pas seulement académique: elle touche à la vie de prière, à la certitude du salut et à la dépendance envers l'Esprit dans chaque ministère. Trois réflexes simples à tester dès cette semaine:
- Intégrer l'Esprit dans l'enseignement du Credo. Plutôt que de réciter mécaniquement « Je crois au Saint-Esprit », prendre une semaine pour en faire un court enseignement biblique en cellule ou en famille, en repartant de Genèse 1 jusqu'à Actes 2.
- Encourager la prière dépendante. Fesko insiste sur l'œuvre intercessrice de l'Esprit (Romains 8:26-27): proposer un temps de prière collective où chacun s'arrête pour laisser l'Esprit « gémir » à travers lui, sans chercher à produire des formules.
- Former les croyants à discerner l'œuvre de l'Esprit. La Confession de Westminster lie foi et œuvres à l'Esprit: un petit groupe d'étude sur le livret The Giver of Life (354 pages, proposé par Lexham Academic) pourrait outiller les responsables pour cela.
L'enjeu, rappelle le recenseur, n'est pas de comparer les traditions mais de confesser ensemble, dimanche après dimanche, que l'Esprit est Seigneur et Donneur de vie — et de vivre en conséquence.