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Parentalité chrétienne : 5 erreurs courantes à éviter
Foi et Vie Quotidienne

Parentalité chrétienne : 5 erreurs courantes à éviter

Éduquer ses enfants dans la foi ne consiste pas à remplir leur emploi du temps de prières, de cultes et de versets à mémoriser.

Parentalité chrétienne: 5 erreurs courantes à éviter

On peut avoir une maison très religieuse en apparence et pourtant transmettre une foi vécue comme une pression, une performance ou une source de culpabilité.

C’est là que beaucoup de parents sincères se trompent. Ils veulent protéger leurs enfants, leur apprendre à aimer Jésus, les éloigner de ce qui pourrait les blesser. Mais, à force de confondre fidélité et contrôle, discipline et colère, transmission et imposition, ils finissent parfois par produire exactement l’inverse de ce qu’ils espéraient.

Je le vois régulièrement dans l’accompagnement pastoral: des parents épuisés, profondément attachés à Dieu, qui pensent devoir réussir parfaitement leur mission. Ils surveillent tout, corrigent beaucoup, prient avec leurs enfants, les conduisent au culte, choisissent leurs fréquentations. Puis ils s’étonnent de voir leurs adolescents se fermer, mentir ou prendre leurs distances avec l’Église dès qu’ils en ont la possibilité.

Le problème n’est pas toujours la foi elle-même. Il se trouve souvent dans la manière dont elle est portée à la maison.

1. Le piège de la coercition spirituelle: quand la pratique devient une contrainte

Tu veux que tes enfants connaissent Jésus. C’est une bonne aspiration. Mais il y a une différence entre leur ouvrir un chemin et les y pousser jusqu’à ce qu’ils n’aient plus d’air.

Forcer la lecture biblique du soir sous peine de punition, exiger une prière à table alors que toute la famille est tendue, obliger un adolescent réticent à participer à toutes les activités de l’Église: ces pratiques peuvent sembler pieuses. Elles ne sont pourtant pas automatiquement spirituelles. Lorsqu’elles deviennent une épreuve de soumission, elles enseignent surtout que la foi est un ensemble d’obligations à satisfaire pour éviter la déception des adultes.

La contrainte peut prendre des formes discrètes. Elle n’a pas toujours besoin de cris ou de menaces. Un soupir appuyé, une remarque culpabilisante, un silence glacial après une question difficile peuvent suffire à faire comprendre à l’enfant qu’il n’a pas le droit de douter. À la longue, il apprend à donner la bonne réponse plutôt qu’à parler honnêtement.

Éphésiens 6:4 demande aux pères de ne pas irriter leurs enfants et de les élever dans la discipline et l’instruction du Seigneur. Le texte ne condamne pas toute forme de cadre. Il met en garde contre une éducation qui use, provoque et décourage. Il rappelle qu’une autorité peut parler de Dieu tout en donnant de Dieu une image déformée.

Le piège consiste à confondre la discipline spirituelle avec la rigidité morale. Quand la foi devient une liste d’obligations — lire tel chapitre, dire telle prière, assister à telle réunion, écouter tel enseignement — sans que le sens de ces pratiques soit partagé, l’enfant apprend à reproduire des gestes. Il ne découvre pas nécessairement le Christ qui se trouve au cœur de ces gestes.

Une pratique chrétienne devrait ouvrir un espace de rencontre, pas fabriquer une atmosphère de surveillance. La prière n’est pas un examen que l’enfant doit réussir. La Bible n’est pas un instrument de contrôle. Le culte n’est pas une preuve à fournir aux parents.

La foi ne se transmet pas comme un règlement intérieur. Elle se transmet comme une vie qui se regarde, s’écoute et s’imite.

Cela ne veut pas dire que les parents doivent abandonner toute habitude spirituelle dès qu’un enfant proteste. Une famille peut garder des rendez-vous communs. Elle peut prier, lire un passage biblique, participer à la vie de l’Église. Mais la manière compte autant que le contenu.

Tu peux proposer une lecture courte plutôt qu’un long moment imposé. Tu peux demander à chacun ce qui l’a interpellé au lieu de transformer l’échange en interrogation biblique. Tu peux laisser ton enfant dire qu’il n’a pas envie de parler, sans conclure immédiatement qu’il s’éloigne de Dieu. Tu peux raconter l’histoire de Joseph un soir où tu n’as pas la force de batailler pour maintenir le programme prévu.

La transmission passe aussi par la liberté de poser des questions embarrassantes. Que faire face au mal? Pourquoi Dieu ne répond-il pas toujours? Pourquoi des chrétiens se comportent-ils mal? Pourquoi faut-il aller au culte si je ne comprends rien? Une réponse honnête vaut mieux qu’une formule toute faite. Tu n’es pas obligé de résoudre chaque difficulté sur-le-champ. Tu peux dire que tu ne sais pas, chercher avec ton enfant, revenir à la question plus tard.

Un adolescent qui traverse une période de doute n’est pas automatiquement un rebelle ou un apostat. Il est peut-être en train de distinguer la foi de ses parents de sa propre relation à Dieu. Ce processus peut être inconfortable, mais il fait partie du chemin vers une foi personnelle. Si tu lui retires le droit de questionner, tu ne fortifies pas ses convictions: tu l’entraînes à cacher ce qu’il pense.

2. Discipline et colère: pourquoi la correction punitive déforme l’Évangile

Tu as craqué. Ton enfant a fait une vraie bêtise, pas une petite maladresse, et tu as explosé. Tu as crié. Tu as peut-être prononcé des paroles que tu regrettes déjà. Puis, au milieu de ta colère, tu as ajouté que Dieu était forcément déçu de lui.

C’est précisément à cet endroit qu’il faut s’arrêter.

La correction a une place dans l’éducation. Un enfant a besoin de limites, de conséquences et d’adultes capables de lui dire non. Mais une correction donnée dans la colère ne poursuit pas toujours le bien de l’enfant. Elle sert parfois à évacuer la frustration du parent. Elle donne alors l’impression d’une sanction éducative, alors qu’elle n’est qu’une décharge émotionnelle habillée en autorité.

Proverbes 22:6 présente l’éducation comme une orientation patiente de l’enfant sur le chemin qui lui convient. Il ne s’agit pas de casser sa volonté pour le rendre conforme à l’image que tu avais imaginée. Instruire, c’est aider à comprendre, à discerner, à réparer et à grandir.

Proverbes 23:13, souvent invoqué dans les discussions sur la discipline, recommande de ne pas épargner la correction lorsque l’enfant en a besoin. Le verset ne justifie pas une colère incontrôlée ni une humiliation. Il rappelle qu’aimer un enfant ne signifie pas supprimer toute conséquence ou fermer les yeux sur ses actes. La correction biblique n’est donc ni l’absence de limites ni le droit de faire peur. Elle doit rester orientée vers la formation, la responsabilité et la restauration.

Quand tu corriges sous le coup de la colère, tu rates trois choses en même temps.

D’abord, tu rates la correction elle-même. Ton enfant n’entend plus ce que tu essaies de lui apprendre: il entend le volume de ta voix, voit ton visage fermé et cherche surtout à se protéger. Ensuite, tu rates l’occasion de lui montrer un adulte qui sait gérer ses émotions à la lumière de l’Évangile. Enfin, tu risques de faire de Dieu le complice de ta fureur en présentant sa colère supposée comme une justification de la tienne.

Le résultat peut être lourd. L’enfant obéit peut-être sur le moment, mais il ne développe pas forcément une conscience intérieure. Il apprend à éviter la sanction, à dissimuler ses erreurs ou à se méfier de l’adulte. Plus tard, il peut associer toute notion d’autorité à la menace, y compris lorsqu’il entend parler de Dieu.

La différence entre corriger et décharger est essentielle:

Ce qui déformeCe qui forme
Crier pour obtenir une obéissance immédiateDécrire clairement ce qui pose problème et ce qui doit changer
Utiliser Dieu pour faire peurRelier la foi à la vérité, à la responsabilité et à la restauration
Punir sans expliquer la conséquenceDonner une conséquence compréhensible et proportionnée
Décider au milieu de la fureurPrendre un temps pour retrouver assez de calme avant d’agir
Humilier l’enfant devant ses frères et sœursCorriger le comportement sans attaquer sa dignité
Passer à autre chose sans revenir sur l’incidentReparler de ce qui s’est passé et reconstruire le lien

Prendre du recul n’est pas renoncer à l’autorité. Tu peux dire à ton enfant que son acte est grave et que la conséquence est maintenue, tout en reconnaissant que tu as parlé trop durement. Un parent qui demande pardon ne perd pas sa place. Il montre que l’autorité chrétienne reste soumise à la vérité qu’elle enseigne.

Il est également utile de distinguer la faute, l’immaturité et la maladresse. Un enfant qui oublie une consigne n’a pas forcément besoin de la même réponse qu’un adolescent qui ment délibérément pour couvrir une autre transgression. Si tout est traité comme une rébellion majeure, la discipline devient incohérente. L’enfant ne sait plus ce qui compte réellement.

La correction doit viser un comportement précis. Évite les jugements globaux: tu es méchant, tu es ingrat, tu ne changeras jamais. Ces paroles collent une identité sur une erreur. Elles ne donnent aucun chemin pour avancer. Dis plutôt ce qui s’est passé, qui a été blessé, quelle responsabilité doit être assumée et comment la réparation peut commencer.

3. L’exemplarité au quotidien: le foyer comme premier lieu de transmission

Tu peux emmener tes enfants à tous les cultes de la région, les inscrire à chaque groupe biblique et remplir leur bibliothèque de livres chrétiens. Si ton quotidien contredit constamment ce que tu leur enseignes le dimanche, tes paroles finiront par perdre leur poids.

Le Deutéronome présente la transmission de la foi comme une réalité liée à la vie ordinaire: elle se fait à la maison, en chemin, dans les moments où l’on se lève et où l’on se couche. Ce n’est pas une leçon isolée. C’est une manière de relire les événements, de parler de Dieu dans les joies comme dans les tensions, de montrer ce que signifie vivre avec lui sans prétendre être arrivé au bout du chemin.

Tes enfants observent ce que tu fais lorsque tu es fatigué. Ils voient comment tu parles à ton conjoint, comment tu réagis à une contrariété, comment tu traites une personne qui ne peut rien t’apporter. Ils entendent ta manière de parler de ceux qui t’ont blessé. Ils remarquent si tu demandes pardon ou si tu trouves toujours une bonne raison de te justifier.

Ils apprennent aussi de tes contradictions. Cela ne signifie pas que tu dois devenir un parent impeccable avant de parler de foi. Une perfection affichée serait d’ailleurs une autre forme de mensonge. Ils ont besoin de voir une foi qui sait reconnaître ses manquements et revenir à Dieu. Un parent qui dit qu’il a été injuste, qui répare une parole blessante et qui accepte de changer donne un témoignage plus solide qu’un parent qui récite les bonnes doctrines mais refuse toute remise en question.

Comment la foi se grave-t-elle dans le quotidien?

  • En te voyant prier réellement, sans transformer chaque prière en démonstration destinée aux enfants.
  • En te voyant servir quelqu’un sans rechercher les compliments.
  • En te voyant tenir parole lorsque cela te coûte.
  • En te voyant gérer l’argent avec honnêteté et parler de la consommation sans mépris.
  • En te voyant demander conseil lorsque tu ne sais pas quoi faire.
  • En te voyant pardonner sans nier le mal qui a été commis.
  • En te voyant pleurer, douter ou traverser une difficulté sans conclure que Dieu t’a abandonné.
  • En te voyant respecter les limites et la conscience de ceux qui ne pensent pas comme toi.

L’exemplarité ne consiste donc pas à jouer au chrétien devant ses enfants. Elle consiste à laisser l’Évangile toucher les zones ordinaires et peu glorieuses de la vie familiale. C’est dans la cuisine, dans la voiture, au moment des devoirs et après une dispute que l’enfant comprend si la foi est une décoration ou une réalité.

Jésus a enseigné par ses paroles, mais aussi par ses gestes. Il a servi, accueilli, repris, consolé et restauré. Dans l’éducation, la question n’est pas seulement: qu’est-ce que je veux que mon enfant sache? Il faut aussi demander: qu’est-ce que mon enfant comprend de Dieu en me regardant vivre?

Cette question peut être inconfortable. Elle n’est pas destinée à produire une nouvelle culpabilité. Elle permet de déplacer l’attention: au lieu de chercher la méthode parfaite, tu regardes la cohérence globale de ton foyer. Tes enfants n’ont pas besoin d’un parent qui ne tombe jamais. Ils ont besoin d’un adulte qui ne fait pas de ses chutes une fatalité.

4. Le danger de la surprotection et du rabaissement de l’enfant

La surprotection et le rabaissement semblent opposés. En réalité, ils peuvent venir de la même peur: celle de ne pas réussir à accompagner l’enfant dans un monde complexe.

Le parent surprotecteur veut empêcher toute blessure. Il filtre les amitiés de son adolescent, vérifie chaque contenu regardé, répond à sa place lorsqu’un camarade le met en difficulté et intervient au moindre désaccord. Il part d’une intention compréhensible: préserver l’innocence, protéger la foi, éviter les mauvaises influences.

Mais un enfant que l’on empêche toujours de choisir ne devient pas nécessairement un adulte solide. Il peut devenir dépendant du contrôle parental, ou apprendre à mener une double vie dès qu’il découvre un espace où ses parents ne peuvent plus tout surveiller. La foi elle-même ne peut pas être vécue par procuration. À un moment, l’enfant doit apprendre à discerner, à dire non, à demander de l’aide et à répondre de ses décisions.

Protéger ne signifie pas supprimer tout risque. Cela signifie préparer l’enfant à rencontrer la réalité avec des repères, une relation de confiance et la possibilité de revenir parler de ce qu’il a vécu. Un adolescent qui sait qu’il pourra raconter une erreur sans être immédiatement écrasé aura davantage de chances de chercher de l’aide au bon moment.

À l’autre extrême, le rabaissement prend parfois le vocabulaire de la spiritualité. L’enfant entend qu’il n’est jamais à la hauteur, qu’il déçoit toujours le Seigneur, qu’il devrait avoir davantage de foi ou que son frère représente mieux la famille. Ces paroles peuvent être prononcées rapidement, dans un moment d’exaspération. Elles laissent pourtant une trace profonde.

Comparer les enfants ne les aide pas à progresser. Cela les enferme dans une compétition affective: pour être aimé, il faudrait être plus sage, plus pieux, plus calme ou plus performant que les autres. Or l’Évangile ne repose pas sur cette course. La grâce ne devient pas une récompense accordée à l’enfant qui se comporte le mieux.

Le rabaissement détruit également la capacité à recevoir une correction. Un enfant qui se croit mauvais ne reçoit plus une remarque sur son comportement; il y entend la confirmation de ce qu’il pense être. À l’inverse, lui rappeler qu’un acte est mauvais sans réduire sa personne ouvre un espace pour la repentance et le changement.

Proverbes 22:6 invite à instruire l’enfant selon la voie qui lui correspond. Cela ne signifie pas que chaque désir de l’enfant devient une direction à suivre. Cela signifie que l’éducation tient compte de la personne réelle: son tempérament, ses dons, ses fragilités, son âge, son histoire et sa manière particulière de comprendre.

L’un aura besoin d’une consigne précise et d’un cadre stable. L’autre aura besoin de temps pour formuler ce qu’il ressent. Un enfant demandera davantage d’encouragement; un autre devra apprendre à persévérer sans être constamment félicité. La justice ne consiste pas à traiter tout le monde de manière identique. Elle consiste à chercher ce qui permet à chacun de grandir dans la vérité.

Concrètement, cela peut vouloir dire:

  • laisser ton fils de seize ans poser des questions difficiles sans lui confisquer toute autonomie;
  • apprendre à ta fille à évaluer une amitié au lieu de choisir systématiquement ses amis à sa place;
  • refuser de comparer un enfant à son frère ou à sa sœur;
  • parler des conséquences d’un choix sans prédire son avenir spirituel;
  • permettre à l’adolescent de reconnaître une erreur sans l’obliger à sauver immédiatement l’image de la famille;
  • adapter tes attentes à l’âge et à la maturité réels de l’enfant, plutôt qu’à ceux que tu voudrais déjà voir en lui.

Laisser grandir n’est pas abandonner. C’est accepter que ton enfant ne restera pas éternellement sous ta maîtrise. Tu peux lui transmettre des repères sans lui confisquer sa conscience. Tu peux l’avertir sans vivre à sa place.

5. Équilibrer autorité et bienveillance selon le modèle biblique

Tu n’as pas à choisir entre fermeté et tendresse. La bienveillance chrétienne n’est pas le refus de toute limite, et l’autorité chrétienne n’est pas le droit d’imposer sa volonté par la peur.

Jésus n’a pas traité toutes les situations de la même manière. Il a repris ses disciples, accueilli les personnes rejetées, dénoncé l’hypocrisie et restauré ceux qui avaient échoué. Son autorité n’était pas une démonstration de puissance. Elle servait la vérité et la vie.

Dans une famille, cet équilibre se joue sur plusieurs lignes de crête.

L’autorité sans tyrannie

Tu poses des limites claires, tu les tiens et tu expliques leur raison lorsque l’âge de l’enfant le permet. Une limite n’a pas besoin d’être négociée à l’infini pour être juste. Mais elle ne devient pas plus biblique parce qu’elle est imposée dans le silence ou accompagnée d’une menace.

L’autorité parentale est un service rendu à l’enfant. Elle l’aide à vivre avec les autres, à différer une envie, à réparer ses torts et à comprendre que la liberté n’est pas l’absence de conséquences. Elle ne vise pas à obtenir une soumission permanente.

À mesure que l’enfant grandit, la relation évolue. Ce qui doit être décidé par le parent chez un petit enfant peut devenir une conversation chez un adolescent. Maintenir exactement le même niveau de contrôle pendant toute l’enfance ne prépare pas à l’âge adulte. La maturité se développe lorsqu’on reçoit progressivement une responsabilité réelle.

La douceur sans laxisme

Être doux ne signifie pas tout accepter. Cela signifie corriger en respectant la personne, même lorsque le comportement doit être fermement repris. Tu peux dire non sans humilier. Tu peux imposer une conséquence sans menacer d’abandonner ton amour. Tu peux reconnaître la gravité d’un mensonge sans traiter ton enfant de menteur pour toujours.

Le laxisme refuse parfois le conflit. Le parent laisse tout passer parce qu’il est trop fatigué, parce qu’il craint de perdre l’affection de son enfant ou parce qu’il ne sait pas comment intervenir. Mais l’absence de cadre n’est pas une preuve de grâce. Elle peut laisser l’enfant seul face à des impulsions qu’il ne sait pas encore réguler.

La douceur véritable accepte le travail de la limite. Elle ne cherche pas à gagner chaque affrontement; elle cherche à former une personne capable de vérité, de maîtrise de soi et de responsabilité.

La transmission sans imposition

Tu présentes la foi. Tu la vis. Tu la racontes. Tu invites ton enfant à découvrir la communauté chrétienne et à poser ses questions. Mais tu ne peux pas croire à sa place.

Cette limite est difficile pour les parents, parce qu’ils savent que les choix de leur enfant auront des conséquences. Ils voudraient garantir son avenir spirituel comme on garantit une protection matérielle. Pourtant, une relation avec Dieu ne se fabrique pas par la contrainte. Tu peux préparer le terrain, offrir des mots, montrer un chemin et rester disponible. La réponse de ton enfant ne t’appartient pas entièrement.

Laisser cette liberté ne revient pas à être indifférent. Cela demande au contraire une présence plus profonde. Si tu ne peux plus contrôler chaque décision, tu dois construire une relation dans laquelle ton enfant saura qu’il peut revenir, parler et chercher. La confiance remplace alors une partie de la surveillance.

La réparation comme élément de la discipline

Dans beaucoup de familles, la sanction clôt l’incident. L’enfant a perdu un privilège, le parent a fait valoir son autorité, puis chacun passe à autre chose. Pourtant, une discipline chrétienne ne devrait pas seulement interrompre le mauvais comportement. Elle devrait aussi ouvrir un chemin de réparation.

Qui a été blessé? Que faut-il reconnaître? Comment rendre ce qui a été pris? Quelle parole doit être reformulée? Qu’est-ce qui aidera l’enfant à agir autrement la prochaine fois? Ces questions demandent plus de temps qu’un simple cri, mais elles forment davantage.

La réparation concerne aussi le parent. Si tu as parlé avec mépris, tu peux revenir vers ton enfant. Si tu as puni dans une colère disproportionnée, tu peux le reconnaître. Tu ne supprimes pas forcément la conséquence liée à sa faute, mais tu refuses de faire comme si ta propre attitude était irréprochable.

Le point de bascule: ce soir, à la maison

Tu n’as pas besoin de tout révolutionner ce soir. Tu n’as pas besoin d’un programme en douze étapes, d’un livre supplémentaire sur ta table de chevet ou d’une retraite parentale à l’autre bout du pays.

Tu peux commencer par observer l’atmosphère de ta maison. Les moments spirituels rapprochent-ils réellement les membres de la famille, ou deviennent-ils des occasions supplémentaires de conflit? Les règles aident-elles les enfants à grandir, ou servent-elles surtout à rassurer les parents? Les discussions sur Dieu permettent-elles de dire la vérité, ou chacun cherche-t-il à donner la réponse attendue?

Relis Éphésiens 6:4 tranquillement, non pour t’accabler, mais pour examiner le climat familial. Est-ce que tes enfants sont régulièrement provoqués, découragés ou écrasés par tes attentes? Cette question est tranchante. Elle demande de l’honnêteté, mais pas du désespoir. Reconnaître un problème n’est pas constater un échec définitif. C’est le début d’un changement possible.

Ensuite, repère l’erreur qui te ressemble le plus. Peut-être que tu contrôles tout au nom de la protection. Peut-être que tu corriges trop vite parce que tu es épuisé. Peut-être que tu demandes à tes enfants une cohérence que tu ne t’accordes pas à toi-même. Peut-être que tu évites toute limite pour ne pas les contrarier. Il ne s’agit pas de te condamner, mais de regarder précisément ce qui se passe.

Enfin, parle à ton enfant. Pas un monologue doctrinal. Une vraie conversation. Demande-lui comment il vit la foi à la maison, ce qui l’aide, ce qui lui pèse, ce qu’il n’ose pas te dire. Tu n’aimeras peut-être pas tout entendre. Ne réponds pas immédiatement pour te défendre. Écoute d’abord.

Si tu as mal agi, reconnais-le simplement. Tu peux dire que tu as crié trop fort, que tu as utilisé Dieu pour faire peur ou que tu as comparé ton enfant à quelqu’un d’autre. Une telle reconnaissance ne ruine pas ton témoignage. Elle montre que la grâce concerne aussi le parent.

La foi se transmet dans la durée, dans la cohérence et dans l’humilité d’un parent qui reconnaît qu’il apprend en même temps qu’il enseigne.

Tu n’es pas seul dans ce chantier. La grâce de Dieu ne dépend pas de ta performance parentale. Elle ne disparaît pas parce que tu as mal géré une soirée, parce que tu as répondu trop durement ou parce que tu ne sais pas toujours quoi faire. Mais cette grâce ne te dispense pas d’un travail concret: aimer, encadrer, corriger, écouter et restaurer.

Évite la coercition qui transforme la foi en prison. Refuse la colère qui se déguise en discipline. Souviens-toi que ton quotidien enseigne davantage que tes discours. Protège sans étouffer, encourage sans flatter et corrige sans rabaisser. Tiens ensemble l’autorité et la bienveillance, parce que l’une sans l’autre finit par déformer ce qu’elle prétend défendre.

Tu ne peux pas garantir la trajectoire spirituelle de ton enfant. Tu peux en revanche lui offrir un foyer où la vérité n’est pas dangereuse, où les limites ont un sens, où les erreurs peuvent être réparées et où la foi se reconnaît à l’amour qu’elle produit.

C’est moins spectaculaire qu’un programme parfait. C’est aussi beaucoup plus proche de l’Évangile.

Questions fréquentes

Comment transmettre la foi chrétienne à ses enfants sans les contraindre ?
Les parents peuvent proposer la prière, la lecture biblique et la vie d’Église sans transformer ces pratiques en épreuves de soumission. Ils peuvent aussi accueillir les questions, reconnaître qu’ils ne savent pas toujours répondre et laisser l’enfant exprimer ses doutes honnêtement.
Comment corriger un enfant sans agir sous le coup de la colère ?
Il est préférable de retrouver suffisamment de calme avant d’intervenir, puis de décrire clairement le comportement en cause et la conséquence prévue. La correction doit viser la responsabilité, la réparation et le changement, sans attaquer la dignité de l’enfant.
Faut-il abandonner toute limite lorsqu’un enfant proteste contre les pratiques religieuses ?
Non. Une famille peut conserver des habitudes communes de prière, de lecture biblique ou de participation à l’Église, tout en adaptant leur durée et leur forme. La manière compte autant que le contenu.
Comment protéger son adolescent sans le surprotéger ?
Protéger consiste à lui donner des repères, une relation de confiance et la possibilité de revenir parler de ce qu’il a vécu, plutôt qu’à supprimer tout risque. L’adolescent doit progressivement apprendre à discerner, à dire non, à demander de l’aide et à répondre de ses décisions.
Que faire si un parent a crié ou utilisé Dieu pour faire peur à son enfant ?
Il peut reconnaître simplement qu’il a parlé trop durement ou qu’il a mal agi. Demander pardon ne lui fait pas perdre son autorité et permet de reconstruire le lien, sans nécessairement supprimer la conséquence liée à la faute de l’enfant.

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