Féminisme et Églises réformées : une alliance à l'épreuve du backlash
Comme le rapporte Réformés, la Commission fédérale pour les questions féminines (CFQF) fête ses cinquante ans en tirant la sonnette d'alarme sur un phénomène mondial qui instrumentalise parfois la…

« Il n'y a plus ni homme ni femme, car tous vous êtes un en Jésus-Christ » (Galates 3.28). Cette phrase de Paul résume une promesse que le 21e siècle met à rude épreuve: comment la vivre quand la société traverse une onde de « backlash », ce retour de bâton contre les acquis féministes théorisé en 1991 par Susan Faludi? Comme le rapporte Réformés, la Commission fédérale pour les questions féminines (CFQF) fête ses cinquante ans en tirant la sonnette d'alarme sur un phénomène mondial qui instrumentalise parfois la religion — y compris certaines franges évangéliques. Pour l'Église locale, c'est un moment de clarification.
1. Le contexte: foi, genre et backlash
Cesla Amarelle, juriste et présidente de la CFQF, et Barbara Berger, codirectrice de Femmes protestantes, dressent le même constat. « Ce ne sont plus de petits groupes religieux isolés », prévient Amarelle, « ce sont des think tanks, des réseaux bien financés, qui intègrent les partis politiques, parfois les universités. » L'offensive ne vise plus seulement le droit à l'avortement, mais l'ensemble du terrain: droits LGBTQIA+, éducation sexuelle, reconnaissance des discriminations de genre. En Suisse romande, la porosité aux mouvements conservateurs français est particulièrement notable.
Le chercheur Neil Datta va plus loin: il voit dans les hiérarchies religieuses — catholiques, orthodoxes, mais aussi dans certaines communautés protestantes traditionalistes et évangéliques — la structure idéologique du mouvement anti-genre. Les Églises institutionnelles se veulent alliées, mais, reconnaît Berger, « même dans un cadre progressiste, ces structures peuvent être très lentes à bouger ».
2. Le principe: que dit vraiment le texte?
Avant de juger les positions du monde, posons les fondations bibliques. Trois passages encadrent le débat sans le clore.
- Genèse 1.27: « Dieu créa l'homme à son image; homme et femme Il les créa. » L'égalité de dignité précède la chute; elle n'est pas un acquis moderne à concéder.
- Galates 3.28: dans le Christ, les distinctions sociales et de genre cessent de définir l'identité du croyant. La valeur ne se négocie plus.
- Éphésiens 5.25: « Maris, aimez vos femmes comme Christ a aimé l'Église. » L'égalité n'efface pas une responsabilité différenciée; elle l'oriente vers le service et le don de soi.
Le texte n'autorise ni un alignement mécanique sur les courants culturels, ni un retrait offensé sous couvert de pureté. Il appelle un discernement ferme sur l'image de Dieu portée par chaque personne — homme ou femme — et sur les ministères qui en découlent.
3. L'action: trois gestes concrets pour l'Église locale
L'austérité budgétaire frappe d'abord les foyers d'accueil, les crèches et la prévention des violences, rappellent les deux intervenantes. Avec seulement deux femmes au Conseil fédéral, l'image parle d'elle-même. Trois priorités émergent pour une Église qui veut prendre l'Évangile au sérieux:
- Former avant de débattre. Une lecture sérieuse des passages difficiles (1 Corinthiens 11 et 14, 1 Timothée 2) empêche à la fois le silence et l'adoption d'une idéologie sans filtre. Définir le vocabulaire — soumission, autorité, service, diakonia — avant toute prise de parole publique.
- Accueillir sans trahir. Toute personne LGBTQIA+ qui pousse la porte mérite d'être écoutée et accompagnée. Cela n'oblige pas à valider chaque choix, mais à refuser les thérapies de conversion et toute forme de rejet. La dénonciation des abus et des violences doit figurer dans les prédications ordinaires, pas dans des notes de bas de page.
- Engager le corps pastoral féminin. Là où le Seigneur appelle des femmes au ministère de la Parole et de l'enseignement, les soutenir concrètement — formation, reconnaissance, soutien financier — plutôt que de les maintenir dans l'ombre.
Barbara Berger le résume: « L'égalité n'est pas un luxe, c'est un indicateur de la santé d'un pays. » On peut ajouter: d'une Église aussi. Une génération nouvelle de croyantes nomme déjà ce que la précédente n'osait pas identifier. Aux Églises locales de faire de même, le texte ouvert devant elles.